De la main au monde, un chemin qui passe par l’entreprise. Entretien avec Valérie Sardin

Entretien avec Valérie Sardin, masseuse, animatrice d’ateliers de bien-être et gestion du stress, co-directrice du Cursus Bien-Être en Entreprise chez Biopulse Formation Massage

Valérie Sardin

Parcours, du monde de l’entreprise au massage et retours

BIOPULSE : Chère Valérie, tu es formatrice en Massage Assis chez Biopulse depuis 2018. Tu as créé avec l’équipe pédagogique de Biopulse un nouveau cursus court entièrement dédié au Bien-Être en Entreprise, qui va débuter cette année en 2020*. Peux-tu partager quelque mots sur ton parcours jusqu’ici ? Qu’est-ce qui t’a menée au massage, aux techniques de bien-être?

VALÉRIE SARDIN : J’ai commencé par faire du théâtre…avant de bifurquer et d’entrer dans le monde de l’entreprise où je suis restée pendant 18 ans, en tant que cocréatrice et Responsable R&D. A mi-chemin de ma vie, j’ai entrepris une quête de sens, qui m’a conduite au corps, par le toucher massage…et à Biopulse.

BIOPULSE: Quelles sont tes autres domaines d’intervention et comment ces différentes activités se nourrissent-elles entre elles ?

VALÉRIE SARDIN: Je fais également de l’accompagnement d’équipes et d’organisations. Cela va du team buiding au coaching d’équipes et d’organisations. Les objectifs sont de faciliter les processus, amener de la transparence, aider à dénouer les blocages…c’est un peu comme le massage au fond ! Cela implique 2 plans : relationnels et organisationnels qui sont intrinsèquement liés.

J’intègre toujours dans ma démarche le rapport au corps, à la présence, à l’écoute, à la relation à soi, puis aux autres. Comme le dit joliment le mouvement colibri’ « C’est mon changement qui détermine le changement du monde. »

L’objectif est de créer les conditions favorables à l’ouverture, l’écoute, de favoriser les 3 formes d’intelligence : corporelle, émotionnelle, collective.

Dans cette perspective, J ’anime aussi régulièrement des ateliers pour « prendre soin de soi ».

L’entreprise, articulation de la vie humaine en société

BIOPULSE: Dans une conversation que nous avons eue ensemble, tu as décris l’entreprise comme une articulation majeure de la vie humaine en société, qui va donc refléter les bonheurs et les maux des individus, ainsi que les enjeux de l’époque. Veux-tu en dire quelques mots ici ?

VALÉRIE SARDIN: Avec plaisir. L’entreprise est un reflet systémique de la société en crise, en mutation. Elle est confrontée à l’obligation d’évoluer, alors que les individus évoluent plus vite qu’elle. Les valeurs de travail ont changé, les individus sont en quête de sens. Tout est intrinsèquement lié : économie, écologie, solidarité, spiritualité.

L’entreprise est un cœur économique riche de potentiels, de créativité, de capacité d’épanouissement et de réalisations, il est le symbole du faire et réussir ensemble. C’est souvent aussi le fruit de dirigeants créatifs, talentueux, courageux, le creuset d’énergies multiples, pas toujours canalisées ni utilisées à bon escient.

BIOPULSE: Qu’est-ce qui te plaît dans l’application et la transmission de pratiques de bien-être en entreprise, comme le massage ou la méditation ?

VALÉRIE SARDIN: Ces pratiques sont des médias, des leviers de transformation, des petits cailloux blancs…une manière de semer des graines de bienveillance, d’autonomie, de prévention. Ma pierre à l’édifice, c’est contribuer à un mieux-être, à une forme d’évolution tout à fait humblement. Aujourd’hui les gens sont fatigués, éreintés, décentrés, trop de vitesse, de pression, de sollicitations. Ils ont besoin de réapprendre le b-a-ba, à respirer, sentir, goûter, écouter leur corps et comprendre et réinvestir leur cœur. Ils ont besoin de revenir à leur essence, à l’intérieur, de réintégrer leur corps, de reconnaitre leur intelligence corporelle et émotionnelle. Beaucoup souffrent et cela passe par leur corps. Les chiffres sont éloquents en matière de stress au travail et maladies liées, qui se traduisent par un absentéisme exponentiel. Le monde du travail a besoin que l’on distille une dose de subtil, une goutte de biodynamique, une once de doux…avec le cœur.

BIOPULSE: Qu’est-ce qu’il y a dans ta « boîte à outils » ? Peux-tu nous citer quelques unes des techniques que tu utilises et que tu transmets dans tes groupes ?

VALÉRIE SARDIN: Il y a des techniques que j’utilise pour obtenir des résultats précis, qui font partie de ma pédagogie, comme…le photo langage, intéressant pour le recadrage, le dessin symbolique, outil génial pour obtenir un diagnostic de groupe partagé, et puis des techniques que je transmets, comme la pleine présence pour se connecter à soi ou des pratiques énergétiques de recentrage, ou posturales.

Qu’est-ce que le stress ?

BIOPULSE: Comment définis-tu, comprends-tu, abordes-tu le stress ? Pourquoi le « gérer » ?

VALÉRIE SARDIN: Le stress, c’est la peur, un sentiment de non-sécurité, de rétrécissement, un empêchement à être pleinement soi, à se connecter à ses ressources, à sa créativité, son essence…Le but n’est pas tant de le gérer que de le comprendre. Cela passe par des phases de non jugement, d’écoute, d’acceptation. Cela requiert de la douceur et de la bienveillance avec soi -même. Apprivoiser son stress permet de se rapprocher de soi, de se connaître, de s’intérioriser pour mieux développer ses capacités et ressources, ses compétences douces : intuition, acuité, empathie, créativité.

Et puis, si on ne le fait pas, c’est lui qui nous tue ! La France est aujourd’hui le second pays après le Japon en tête des burn out.

BIOPULSE: Nous formons au métier de masseur·ses bien-être. Qu’est-ce qui d’expérience et selon toi peut rendre le métier de masseur·se bien-être stressant ? Aurais-tu un conseil anti-stress à destination des masseur·se et des stagiaires en formation ?

VALÉRIE SARDIN: Ce qui peut rendre le métier de masseur stressant… L’adaptation aux différentes personnes, corps, états. Le fait de dépasser ses limites physiques, énergétiques. La réponse peut être de privilégier son hygiène énergétique avec un ou des rituels avant et après les séances, s’écouter, se connaitre, prendre du temps pour soi et prendre soin de soi, être doux avec soi, car on ne peut donner que ce qu’on a. Etre vigilant avec sa posture, adapter son toucher à son énergie du moment, se respecter.

Accueillir son stress si on en a, le reconnaitre, l’embrasser 😉

Un autre aspect qui peut être stressant, c’est la précarité du métier. Ca me parait important d’avoir des outils diversifiés pour proposer une offre complémentaire et qui correspond profondément à ce qu’on est, qui épouse ses multiples facettes. Ce qui fait la richesse et la singularité du métier.

Enfin, on peut être stressé-e par la pression qu’on s’impose en se plaçant en position de sauveur-euse, ce qui est une forme d’orgueil, de désir de contrôle. Ne pas perdre de vue la notion de coresponsabilité dans la réussite ou non d’un projet ou d’une séance. On est là pour impulser, puis le corps joue son rôle magnifique de retour à l’équilibre, c’est le principe d’homéostasie.

Les bienfaits des pratiques de bien-être en entreprise

BIOPULSE: En intervenant en entreprise, crains-tu parfois de participer à renforcer malgré toi des systèmes, structures ou cultures du travail qui seraient eux-mêmes la cause de certains maux ? Dans quelle mesure un·e masseur·se bien-être doit-il aider des employé·es d’une entreprise à être plus productif·tives par exemple, quand on sait les effets délétères sur la santé de certaines exigences d’hyperproductivité ?

VALÉRIE SARDIN: C’est un faux problème ou un abus de langage…dire qu’un masseur contribue à rendre les employés plus productifs, c’est un discours marketing. A dire vrai, c’est un écueil dans lequel j’ai pu tomber par le passé. Un massage ou une technique de soin ou un accompagnement quel qu’il soit n’ont pas pour but de rendre plus productif. C’est un non-sens. Ou alors, ça dépend ce que l’on entend par « productif ». Si être plus productif veut dire développer sa créativité, sa liberté, son autonomie, sa capacité d’adaptation, au service de l’entreprise, alors oui ! Ca passe par des phases de latence, de prototypage et la mise à disposition d’espaces temps qui le permettent. Les dirigeants doivent comprendre et accepter qu’il faut « perdre du temps » pour en gagner, c’est un investissement. Le massage participe à connecter la personne avec ses ressources et son noyau sain, donc améliorer son relationnel, son écoute, son empathie, sa créativité.

BIOPULSE: Comment envisages-tu dès lors le rôle des praticien·nes de bien-être à cet endroit très important de la société qu’est l’entreprise ?

VALÉRIE SARDIN: Comme des facilitateurs/trices en intelligence corporelle : l’idéal étant que le/la praticien/ne intervienne de manière régulière pour impulser, réguler, accompagner les informations du corps et du cœur. En offrant des espaces temps de pause, de retour à soi, en tendant la main, en aidant les individus à se poser et à sortir du mental pour rentrer en eux même, pour entrer dans l’expérience, dans leur sens.

Le Bien-être rassemble, recentre sur la sensation physique d’exister, d’être connecté à la matière, la nature, d’être lié au tout, en nourrissant notre unité.

Au-delà des techniques et pratiques ponctuelles, le Bien- être, c’est une attitude à transmettre pour un Bien- vivre ou un Mieux- vivre face aux conditionnements et injonctions éducatifs, sociétaux qui nous entravent et que le corps révèle.

BIOPULSE: Comment les intentions et les valeurs fondamentales de bienveillance, d’écoute, de respect de l’humain et ses rythmes peuvent-elles s’articuler harmonieusement avec celles du monde du travail aujourd’hui?

VALÉRIE SARDIN: Ces valeurs peuvent s’articuler harmonieusement dans un monde du travail moins vertical, plus horizontal, en répondant à la quête de sens des salariés, en partageant une vision de l’entreprise.

BIOPULSE: Est-ce que tu veux bien nous partager un beau souvenir d’une de tes interventions en entreprise ?

VALÉRIE SARDIN: Ce qui m’émeut et m’apporte de la gratitude, c’est le moment où la porte s’ouvre, qu’un climat de confiance s’instaure, qui qui va permettre de libérer la parole et de tisser un canevas d’échanges, pour avancer et construire ensemble.

Quelques mots du Cursus Bien-Être en Entreprise chez Biopulse

BIOPULSE: D’où est venue l’idée, l’envie, de proposer chez Biopulse un cursus dédié au massage et techniques de bien-être en entreprise ? Est-ce que tu peux nous le présenter dans les grandes lignes ? Qu’est-ce qui fait sa spécificité ?

VALÉRIE SARDIN: Dans la formation que j’anime en massage assis, il me semblait, au vu du nombre et de la densité des questions autour du monde des organisations, qu’il y avait un besoin et qu’il était juste et adapté de proposer un cursus qui aborde toutes les facettes de ce monde et qui forme à un métier élargi, plus complet de praticien bien être. L’objectif est aussi que les stagiaires puissent appréhender les codes et pratiques du monde de l’entreprise.

La spécificité de ce cursus, au-delà des aspects techniques et marketing est le fil pédagogique qui court tout au long des modules et s’attache à suivre chaque personne en l’accompagnant dans son projet, en l’aidant à construire sa démarche spécifique, au plus près de sa personne, en l’incitant à développer son talent, ses ressources, pour créer une offre unique.

BIOPULSE: À qui ce cursus se destine-t-il ? Y-a-t’il un pré-requis pour y entrer ?

VALÉRIE SARDIN: Que nenni, ouvert à toutes et tous, avec une porte d’entrée avec le module Initiation massage requis pour les débutants.

BIOPULSE: Quelle est/sont la/les principale/s difficulté/s selon toi qu’un·e masseur·se peut rencontrer dans le travail auprès d’entreprises, groupes, ou autres grandes organisations ?

VALÉRIE SARDIN: C’est un monde avec des codes précis et spécifiques, des portes d’entrées distinctes, cela ne s’improvise pas d’y entrer, mais nécessite recherches, connaissances, stratégie.

Soin, conscience, et monde du travail au temps de la crise sanitaire

BIOPULSE: Au moment de réaliser cet entretien, en Avril 2020, la France lutte contre l’épidémie de coronavirus, qui a très malheureusement rendu malade et couté la vie à de nombreuses personnes. Une majorité de personnes vivent confinées par précautions sanitaires, tandis que d’autres aux professions indispensables poursuivent leur travail dans des conditions stressantes, souvent avec des protections insuffisantes. Des personnes confinées télé-travaillent lorsque leur métier et leur tâches s’y prêtent, mais doivent composer avec leur environnement contraint, des émotions difficiles, et parfois des enfants à occuper. D’autres encore sont démunies, sans activités.

Toi qui porte un authentique souci de l’autre et qui t’intéresse de manière profonde au monde du travail comme un coeur des réalisations et potentiels humains, que t’inspire cette situation, au jour d’aujourd’hui ?

VALÉRIE SARDIN: Cette situation peut être vécue comme un accélérateur d’évolution, de prise de conscience. Elle nous met au pied du mur, nous montre la nécessité de transformation des systèmes, les mutations nécessaires. C’est un arrêt brutal, « terminus, tout le monde descend ! » C’est un verre grossissant des tensions, aberrations sociales, économiques, écologiques. Nous sommes arrêtés, le tourbillon, la folie ont cessé, nous obligeant à revoir notre rapport au temps, notre rapport à nous et aux autres. On ne peut plus sortir dehors, mais on peut cultiver notre jardin intérieur, se renforcer, s’adoucir, Cette crise sanitaire est la mise en abyme d’une crise sociale et économique, de difficultés et de tensions, qui vont nous obliger à nous réinventer et nous appuyer sur d’autres valeurs, plus humaines, solidaires et développer et utiliser davantage nos soft skills (compétences douces) : capacité d’adaptation, empathie, créativité, intelligence corporelle, émotionnelle…Face à ces bouleversements, le stress et la peur sont et seront grands. Face à ça, je pense que l’intériorité et l’adaptation sont des réponses, vectrices de confiance, qui conduisent au nécessaire lâcher prise et nous permettent de nous connecter à nos ressources. Nous ne sommes pas égaux face à ça. D’abord par rapport aux conditions et contextes qui nous entourent. Les ressources extérieures sont inégales : contexte économique, géographique, social, familial, proximité de la nature ou pas, habitat…et puis les ressources intérieures aussi sont inégales : nous sommes appelés à développer la richesse de notre monde intérieur, notre capacité d’adaptation, nos rituels personnels, notre écologie intérieure, notre hygiène énergétique. Pour certains, face à leur sensation de vide intérieur, cette situation de non échappatoire, est bouleversante, questionne et remet en question davantage que d’autres.

Enfin cette période est aussi une merveilleuse expérience pour ré-envisager son rapport au temps quand on est forcé de s’arrêter. Le temps est devenu élastique. C’est l’occasion de l’envisager comme un ami et plus comme un ennemi. C’est une aubaine pour prendre soin de soi et s’écouter. Accepter de ne rien faire, d’habiter le moment présent, d’écouter le silence, (s’il nous est donné), de réinvestir ses sens, d’enrichir sa relation à soi et aux autres.

Un horizon

BIOPULSE: Pour finir, aimerais tu partager une vision du monde du travail qui va bien ? Quelle est la vision, l’idéal qui te porte ?

VALÉRIE SARDIN: Un monde du travail qui va bien, c’est celui qui se remet en question, qui avance en marchant, collectivement. C’est-à-dire qui met à profit les ressources individuelles et collectives, qui se sert de ce formidable matériau qu’est l’intelligence collective. Avant tout, qui redonne du sens au travail et au faire ensemble par la vision partagée de l’organisation. Un monde du travail qui va bien, c’est celui qui sait où il va, comment il y va et pourquoi il y va, qui se dote des outils et méthodes et de l’humanité qui permettent de fédérer autour d’un projet. Cela implique d’engendrer des espaces de liberté et de partage, d’accepter de « perdre du temps » pour en gagner.

Dans la quête de sens, la recherche de corporalité et d’unité, nous avons et nous aurons encore plus, je l’espère, un rôle de passeur de témoin à jouer et une mission de partage et de transmission à porter, nous autres semeurs de graines de conscience.

MERCI À VALÉRIE SARDIN

Retrouvez Valérie en Formation Massage Assis, dans le Cursus Bien-Être en Entreprise, et sur son site Gaialibra.

*Les dates de début du Cursus Bien-Être en Entreprise ont dues être reportées à cause de la crise sanitaire covid19. Les nouveaux calendriers de formation sont à l’étude et vous seront communiqués dans les meilleurs délais. Merci de votre compréhension.

Photo couverture : Toa Heftiba